Hier, me préparant à prendre le train pour rentrer sur Grenoble, entre mes chaussettes et mes Services de Presse à la bourre, que je n’arrivais pas à faire rentrer dans mon énorme valise, je me suis connectée à Internet pour vérifier mes mails. Une fois n’est pas coutume, j’ai un mail de Copains d’avant m’indiquant que je viens de recevoir un message de Bridget Jones (en fait, elle porte bien sûr un autre nom, mais je préfère protéger son anonymat).
Je lis donc avec impatience ce message d’une personne semblant sortir d’un autre monde, celui de mon enfance. En fait, nous étions copines à l’école primaire. En me souvenenant d’elle, une image m’est tout de suite venue à l’esprit : elle, avec de grandes lunettes de vue dans une combinaison de ski rose et de très longues nattes blondes.
Je vois qu’elle a une adresse Hotmail, j’essaie donc de la contacter sur Messenger. Sa photo personnelle sur MSN space me montre qu’elle s’est coupé les cheveux et ne porte plus de lunettes. C’est moi qui en porte maintenant. D’ailleurs, je devrais en changer : quand on porte des montures Optic 2000, on retrouve sa paire de lunettes sur le nez d’au moins une vingtaine de passants quand on va se balader en ville. Avoir les lunettes de madame tout le monde, ça me gonfle. Mais là, je m’égare.
Je lui envoie un premier message. Elle me répond au bout de quelques minutes. Et là, nous discutons. Bridget m’apprend qu’elle est commerciale et qu’elle a une enfant âgée de huit ans. C’est un choc. On a le même âge et elle a avancé beaucoup plus vite que moi dans la vie. Un métier, une fille, le monde adulte dans toute sa splendeur. Comme les cris de la voisine parisienne renvoyaient à chacun une image déformée de sa propre réalité, l’expérience de Bridget ne fait que souligner toutes les différences qu’il y a avec la mienne : je n’ai pas d’enfant et pas de carrière installée. Mon univers n’est encore fait que de concepts fictionnels, d’imaginaire, peuplé d’envies et de rêves hautement égoïstes. Certes, être mère si jeune ne doit pas être une sinécure, mais elle me semble épanouie par son engagement envers sa fille. Ce genre de choses force l’admiration. Ce n’est pas rien. Je vais enfoncer des portes ouvertes, mais faire un enfant, c’est pour la vie, plus rien n’est pareil, les priorités sont chamboulées, le cerveau reptilien reprend ses droits, et la femelle alpha sa place, enfin, je pense.
Bridget m’apprend que sa fille va à la même école que celle que nous fréquentions, et qu’un ancien instituteur en est devenu le directeur, sévère mais juste. Deux univers se mêlent imperceptiblement et se fondent dans une forme différente. J’ai le sentiment que la boucle est bouclée, que Saturne a fini sa première révolution, qu’une ère nouvelle va commencer.
Pourtant, malgré nos différences, certains éléments nous rapprochent. Nous partageons la même passion pour la cartomancie, la même attirance pour les choses de la spiritualité. Elle me dit sentir le danger, je ne le vois pas la plupart du temps. J’ai fait une filière économie au lycée et je me retrouve à travailler dans le monde de l’écrit. Elle a suivi la filière des lettres et occupe un poste de commerciale. Les exemples ne manquent pas mais ils peuvent se résumer ainsi : l’empire de la contradiction dans toute sa splendeur. Et pour une juriste de formation, ce n’est que du plaisir !
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